« 2 juin 1836 » [source : BnF, Mss, NAF 16327, f. 116-117], transcr. Isabelle Korda, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.5884, page consultée le 05 mai 2026.
2 juin [1836], jeudi matin, 11 h.
Cher petit homme chéri, vous ne comprenez pas que votre pauvre Juju étant en proie
au mal de tête depuis près de huit jours soit pour cette seule raison un peu mal à
son
aise et vous vous fâchez quand vous ne la trouvez pas disposée physiquementa à répondre à vos caresses. Cette
petite injustice de votre part lui est très sensible car elle fait tout pour vous
prouver qu’elle vous aime car elle vous aime plus que tout au monde et plus peut-être
qu’il ne le faudrait.
Vous m’avez laisséeb très triste, mon pauvre amour, je n’avais pas besoin de ce
surcroît à mon mal déjà si violent. Je t’aime, mon cher petit homme. Je t’aime de
toute mon âme. Je t’aime de tout l’amour de mon cœur. Je vais tâcher de me secouer
un
peu pour être moins maussade quand tu reviendras. Je sens bien que j’ai été maussade
mais je sens bien aussi que je t’aime plus que jamais. Je suis si abasourdie que je
peux à peine t’écrire. Pardonne-moi, mon bien-aimé ou plutôtc plains-moi car je n’ai rien à me
reprocher. Je t’aime, je ne pense qu’à toi, je ne vis que pour toi, je n’ai de joie
qu’avec toi. Je te sais fidèle et dévoué. Ainsi je n’ai pas fait d’autre crime ce
matin que d’être un peu grognon, c’est-à-dire un peu malade. Je t’aime.
J.
a « phisiquement ».
b « laissé ».
c « plus tôt ».
« 2 juin 1836 » [source : BnF, Mss, NAF 16327, f. 118-119], transcr. Isabelle Korda, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.5884, page consultée le 05 mai 2026.
2 juin [1836], jeudi soir, 8 h. ½
Cher bijou, qu’êtes-vous devenu pendant toute cette journée, où étiez-vous pendant
toute cette grosse pluie qui vient seulement de cesser à présent ?
Je n’ai pas
pu renvoyer Claire parce qu’il faisait trop
mauvais et qu’il m’aurait fallu venir de trop bonne heure. Je suis fort embarrassée
pour la coucher. Je voudrais ne pas perdre la chance de vous avoir cette nuit et d’un
autre côté, je crois que vous ne voulez pas qu’elle couche avec la bonne. C’est fort
embarrassant. Je vous attendais pour couper ce NŒUD GORDIEN mais vous n’êtes pas venu
et ne viendrez peut-être pas. Je vais me décider et je la ferai coucher avec moi,
à
mon GRAND REGRET.
Cher petit homme chéri, mon Toto, mon
adoré, je vous aime malgré toutes les bêtises que vous avez ditesa sur mon NEZ TOUFFOIR
et sur ce que j’étais une femme de MER DE L’OCÉANb. Je vous pardonne [tous ?] vos
équivoques en faveur de votre joli petit NEZ rose, de vos
belles dents blanches et de vos charmants yeux noirs. J’établis une concurrence contre
Mme RICHI et
de plus j’offre une PRIME, celle que vous VOUDREZ pour vous
prouver que vous êtes toujours mon Toto de plus en plus adoré.
J.
a « dit ».
b « occéan ».
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
elle refuse un engagement à la Porte-Saint-Antoine. Hugo l’emmène en voyage en Normandie et en Bretagne, où elle revoit Fougères, sa ville natale.
- JanvierElle refuse un engagement au Théâtre de la Porte-Saint-Antoine.
- 8 marsElle emménage au 14 rue Sainte-Anastase.
- 23 marsHugo donne une mèche de ses cheveux à Juliette.
- 26 marsReprise d’Angelo tyran de Padoue à la Comédie-Française. Marie Dorval joue la Tisbe, Mlle Volnys joue Catarina.
- 15 juin-21 juilletVoyage avec Hugo en Normandie. Le 22 juin, étape à Fougères où elle n’était pas revenue depuis l’enfance.
- 14 novembreLa Esmeralda à l’Opéra (musique de Louise Bertin, fille de Bertin aîné, sur un livret de Hugo).
- 8 décembreMort en bas âge de son neveu Michel-Ernest Koch.
